Tanguy Pay
Mon banquier se soigne (-rait-il?)

Je suis la probité incarnée. Enfin… j’essaie. Bref, il semble que mon banquier se soucie tout de même, sinon de ses clients, au moins de son image ; je me dois de le signaler. Ce matin, je reçois un appel :

La guichetière : Bonjour Monsieur. C’est votre agence. Bruxelles me demande de vous appeler pour régler cette histoire d’adresse. Finalement, vous habitez bien… blablabla?

Alors là, il n’y a pas 36.000 explications à ce coup de fil incongru :


Première hypothèse de travail : lors de mon dernier passage en agence, la guichetière fut littéralement ravagée par mon air ténébreux et ravageur de quadragénaire à la chevelure poivrante. Sitôt mon départ, elle s’est ruée sur son téléphone et a communiqué à tout le réseau bancaire qu’elle venait de rencontrer le charme incarné (en plus de la probité) ; information qui a fait long feu, remontant jusqu’au responsable national de la vérification des adresses des clients et qui… Bref, première hypothèse.


Seconde hypothèse : mon banquier a des grandes oreilles qui auscultent le Net. Peut-être même qu’il a loué les grandes oreilles d’une agence qui écoute ce qui doit l’intéresser. Et qui a dû entendre mon post doucement rageur.


A mon grand dam narcissique, je penche vers la seconde hypothèse. Et je m’en réjouis, finalement. Car si cette hypothèse se vérifie, ça signifie que les produits de mon banquier ne sont pas tous excellents mais qu’au moins il a compris qu’il n’y a pas que dans les files d’attentes de ses banques qu’on parle de lui. Et que ce n’est pas inintéressant d’être à l’écoute de la base, de sa clientèle. 

 

MEA CULPA

Et puisque qu’en préliminaire de ce post j’évoquais ma probité et mon égocentrisme, je me dois de confesser mon péché : si on ne peut plus personnaliser ses cartes bancaires chez ING, c’est peut-être de ma faute. En effet, lorsque j’ai personnalisé mon ancienne carte, je fus, je l’admets, quelque peu facétieux. En effet, je n’avais fait qu’une chose : modifier la couleur de fond de ma carte. D’une couleur que j’avais sélectionné très minutieusement… J’avais choisi le Vert Pantone de la BBL…

A l’époque, cette facétie avait bien fait rire les collaborateurs de mon agence et nappé d’un onctueux baume primesautier et mélancolique, le coeur des nostalgiques du Baron Lambert et de la Belgique à papa. De toute évidence, cette facétie a heurté le Lion batave. Qui a supprimé le service poujadiste. C’est certain, c’est ça.

Soit, je ne le ferai plus, je m’y engage. Fini de rire ! Dès que le service de personnalisation réouvrira ses portes, promis, en arrière-plan de ma carte, je mettrai une photo de gilles de Binche.


 

Mon banquier est un crétin (scientifiquement prouvé)

La scène se déroule au guichet de ma banque.

 

Moi : Bonjour mademoiselle, voici ma carte d’identité ; je viens enlever ma nouvelle carte bancaire.

La guichetière : Bonjour monsieur. Pas de problème monsieur. (trot-trot-trot) La voici, svp.

Moi : Merc…

La guichetière : … il y a un souci ?

Moi : C’est-à-dire que j’avais précédemment personnalisé cette carte (que vous avez remplacée sans demander mon avis) pour ne pas la confondre avec l’autre. Via votre site web, j’en avais changé la couleur de fond. Et cette nouvelle carte que vous me donnez n’est plus du tout personnalisée comme je l’avais fait.

La guichetière : Ah oui mais ça, c’est fini, on ne peut plus personnaliser ses cartes bancaires.

Moi : … et comment je fais maintenant pour distinguer les deux cartes dans mon portefeuille ?

La guichetière (sûre d’elle) : C’est très simple, elles n’ont pas le même numéro.

Moi : …

La guichetière (la Victoire de Samothrace) : En plus, si vous regardez bien, vous remarquez que l’ancienne est un peu plus usée que l’autre.

Moi : Oui mais je n’ai pas envie de sortir ma loupe chaque fois que j’ouvre mon portefeuille…

Le jeu rigolo des 5 erreurs

 

La guichetière (sentant que cette conversation lui échappe) : De toute façon, j’ai besoin de l’ancienne. Il faut la détruire.

Moi : Je n’ai plus l’ancienne, elle a été avalée par un distributeur… un samedi d’ailleurs, ce qui m’a bien embêté pour tout le reste du week-end. 

La guichetière (sentant qu’elle reprend triomphalement le dessus sur cette conversation qui lui échappait) : Ah oui mais ça, vous vous y êtes pris trop taaaard.

Moi : Je ne m’y suis pas pris trop tard, je n’ai tout simplement pas été informé de la date d’expiration de cette carte.

La guichetière (la poitrine de plus en plus altière, de plus en plus sûre d’elle) : Ah si si si, c’est indiqué sur les extraits de comptes!

Moi : Mademoiselle… Chaque semaine, je reçois au moins un email de votre banque m’informant de vos formidables opportunités de souscrire à toutes vos assurances incendie, auto, vacances et j’en passe. Ne pensez-vous pas qu’en tant que client, je puis m’attendre à recevoir également de l’info qui me préoccupe vraiment, genre un avis comme quoi ma carte arrive à expiration ?

La guichetière (la poitrine vacillante) : Oui mais c’est inscrit sur les extraits de compte qu’on vous envoie par la poste…

Moi : Mademoiselle, je ne lis jamais ces extraits de compte pour une raison simple : je fais partie de la majorité de vos clients qui ont accepté de passer par votre PC-Banking pour gérer ce que vous gériez il y a encore quelques années. Toutes mes transactions financières sont regroupées sur ce PC-Banking : pourquoi irais-je relire tout ça sur des extraits de compte papier ?

La guichetière (la poitrine mollissante) : e be be be… pour être informé…

Moi : Ce qui d’ailleurs me fait penser qu’il y a une boîte mail dans l’interface de mon PC-Banking dans laquelle j’ai trouvé des messages m’informant de vos formidables opportunités de souscrire à toutes vos assurances incendie, auto, vacances et j’en passe…mais pas d’avis concernant ma carte périmée.

La guichetière (la poitrine déprimée) : Ah oui mais ça on fait pas… Enfin be be be, c’est pas encore au point, je pense…

Moi : Automatiser l’envoi d’email, ce n’est pas encore au point ?

La guichetière (le thorax osseux, dans une dernière tentative désespérée de sauver l’honneur de sa banque, le regard torve sur son écran blafard) : Je dois vous faire signer un bon de réception de votre nouvelle carte. Vous habitez bien Rue Parent ?

Moi (las) : ça fait plus de 5 ans que je n’habite plus là, comme je le signale à chaque fois que je viens à ce guichet…

La guichetière (le téton soudainement ragaillardi) : Ah mais voilààààà pourquoi vous ne recevez pas vos extraits de compte !

Moi (très las) : Mademoiselle, tout le paradoxe est là : toutes les semaines, à l’adresse où j’habite actuellement, je reçois une enveloppe remplie de pubs vantant vos assurances blablabla et… mes extraits de comptes… que je range diligemment dans la poubelle à papier… Au revoir Mademoiselle, à dans 1 an.

La guichetière (desséchée) : Au revoir, Monsieur. e be be be…

 

Chaque fois que je raconte cette histoire, je constate le même air d’effarement sur la face de mon interlocuteur. Car de qui parle-t-on ici? On parle d’entreprises internationales qui mettent sur pied des structures informatiques capables de gérer des milliers de transactions à la minute, à tel point que les meilleurs économistes de la planète s’effrayent ouvertement de la perte de contrôle et de visibilité de ce qui se passe en temps réel. Et pourtant, ces mêmes entreprises sont toujours incapables d’effectuer un versement de banque à banque en moins de 2 jours, incapables d’envoyer un seul email utile à leurs clients et incapables de penser que deux cartes bancaires identiques dans un portefeuille EST PROFONDEMENT CRETIN.

La seule personne qui ne s’est pas émue de mon histoire est ma fille qui a haussé les épaules et qui m’a dit : si tu veux vraiment 2 cartes différentes, va dans 2 banques différentes…

Ma conclusion (scientifique) : le directeur commercial de ma banque a un QI qui ne dépasse pas celui d’une enfant de 5 ans.

 

Si ta vie doit être mi-figue mi-raisin, exige au moins que la figue soit moelleuse et le raisin juteux.

in “Le sucre du fruit et le sourire de la maraîchère”, Edition Encre du Pulpe

Aremberg TV

Voilà bien 3 ou 4 ans que je ne suis plus allé voir un film au Cinéma Aremberg. Pour une flopée de mauvaises raisons : un enfant, un déménagement en province, un job dévorant. Voilà, que des mauvaises raisons, je l’ai dit. Et nous sommes nombreux dans ce cas…

Pourtant, lorsqu’il y a quelques années, un premier appel au secours avait surgi sur mon ordinateur, je n’avais pas hésité une seule seconde à acheter des parts et devenir actionnaire symbolique de ce lieu si cher.

Aujourd’hui qu’on m’annonce son apparente fin, j’en ai le coeur meurtri. 

Le Cinéma Aremberg : une île

Si j’en ai le coeur flétri comme une patate infectée de mildiou, ce n’est pas parce que mes actions sont mortes. Ni parce qu’une insane mélancolie d’assister à la fin d’un lieu que j’ai écumé par toutes les températures m’envahirait. La fin du Cinéma Aremberg, c’est tout simplement la fin d’un projet socio-culturel vieux de plusieurs décennies. Et ça ne peut que peiner, voire inquiéter.

Quoi qu’on en pense, le Cinéma Aremberg n’était pas un lieu de culture élitiste. Pour y être allé en toute saison, à toutes heures, je peux témoigner qu’il y a encore quelques années, le cinéma était fréquenté par toutes les tranches d’âge de la population. Et, certes, si le cinéma ne voyait pas débouler les afficionados des blockbusters, son public était composé avant tout de curieux, de ceux-là qui, alertés par le consensus retors du cinéma dit commercial, prenaient goût à s’aventurer sur les terres sauvageonnes du cinéma d’auteur. Le cinéma d’auteur n’est rien d’autre qu’un cinéma fabriqué par, pour paraphraser Achille Chavée, des “Peaux-Rouges qui ne feront jamais partie d’une file indienne”. Ce qui n’en fait pas une expression artistique inaccessible ! 

Il faut lutter contre les fâcheux, les incultes de la petite semaine, les commerçants sans carrure qui, tristement machiavéliques, tannent l’esprit faible du non-averti que le cinéma d’auteur serait un cinéma d’hauteur inaccessible…

Une logique de faillite

Pourtant, on ne peut se départir des faits : si le cinéma ferme, c’est qu’il n’est pas rentable. Et s’il n’est pas rentable, chose saugrenue pour u cinéma, c’est que les sorties sont supérieures aux entrées. Or, je suis convaincu qu’il existe un public avéré pour ce cinéma ; mais un public que le cinéma ne rencontre plus. C’est donc le modèle économique qui est ici à être repensé, et rien d’autre. 

En proposant de diversifier l’offre du lieu (espace numérique….), ceux qui se targuent de vouloir le sauver ne cherchent pas à revoir le modèle mais le public… Et donc, à moyen terme, le risque ici n’est-il pas de flinguer le Cinéma Aremberg… Comme dirait Cyrano de Bergerac, cette histoire sent la tartufferie à plein nez…

Retrouver le public

Que le public ne vienne plus à l’Aremberg ne signifie pas qu’il se soit dissout. Mise à part la cohorte de pensionnés qui chaque année perd un peu de ses effectifs sous l’inexorable rouleau compresseur du cycle naturel de la vie, les autres s’éparpillent dans la trame du tissu des nouvelles habitudes de consommation des médias. 

A vrai dire, le Cinéma Aremberg est confronté aux mêmes problèmes que celles que doivent affronter les bibliothèques publiques, vidéothèques privées et autres médiathèques ambulantes. Leur public attend désormais qu’on vienne à sa rencontre plutôt que de se déplacer. A l’instar des Youtube, DailyMotion, AppStore, Belgacom TV, Amazon et autres acteurs privés dont les big torrent. 

Certains grincheux répondront que tout ceci représente un coût considérable. A cela, il n’y a pour réponse à apporter qu’un méprisant haussement d’épaule. Construire des bibliothèques, des médiathèques, des cinémas ; salarier des centaines d’employés ; louer de la bobine, acheter du livre : tout ceci représente déjà un investissement considérable ! Cet investissement se justifiait parce qu’il était en accord avec une demande. Aujourd’hui, la demande bifurque : l’investissement (et la politique de subsides) se doit donc de suivre le mouvement, au risque d’entamer la Culture dans le cas contraire. 

Un streaming public

Le citoyen assoiffé de culture dite “alternative” - alternative parce qu’elle ne se vend pas par paquet de 10 tonnes - en appelle donc au déploiement d’un plan national de streaming et de VOD (et de livre numérique). Il n’y a aucun frein à développer ceci : c”est techniquement éprouvé ! (Il suffit de voir, par exemple, l’exsangue section “Coin des cinéphiles” de la Belgacom TV pour constater que c’est techniquement possible mais que la volonté n’y est pas…). 

Cette VOD d’intérêt public doit réunir des partenaires privés qui défendent le cinéma d’auteur (Aremberg, Actor’s Studio, etc.), des organismes publics de prêts tels que la Mediathèque, le Musée du cinéma, des producteurs (dont la RTBF, Cinéwal), etc. Voilà comment objectivement on retrouvera le public et comment on verra se reformer une longue queue - long tail - devant les guichets des cinémas, peut-être virtuels, mais sûrement de qualité. Pas en installant des Wii en plus pour un public déjà tragiquement en manque de culture vitalisante. 

L’idée, c’est un rêve auquel on a greffé des jambes.

Regarde où tu cours…

Oups, street bad buzz online. 

Oups, street bad buzz online. 

Les Gérard du Moyen Orient : les gagnants sont…

1/ Gérard de la dictature balnéaire ayant servi de refuge touristique et immobilier à toute l’Europe amnésique, de gauche comme de droite.

Gagnant : Zine el-Abidine Ben Ali 

2/ Gérard de la république bananière pharaonique ayant servi de parapet de pacotille face à un péril islamique hypothétique et de garde-barrière de l’écluse du Nil. 

Gagnant : Mohammed Hosni Moubarak 

3/ Gérard de la Révolution des majorettes de l’Orient n’ayant gardé de la colonisation italienne que le goût des lupanars berlusconiens et les jeux du cirque. 

Gagnant : Mouammar Kadhafi

Lettre d’amour à la Belgique (à la manière de)

 Tu t’laisses aller

C’est comique c’que t’es tof à r’garder
Sans gouvernement, tu fais la tête
Et moi j’ai envie d’rigoler
C’est la bière qui monte à ma tête
Le fût que j’ai affoné ce soir
Afin d’y puiser le courage
De t’avouer que j’en ai marre
De toi et de leurs commérages
De tes fausses notes qui me laissent sage
Et qui m’enlèvent tout espoir

Veel is te veel faut bien qu’j’te l’dise
Tu m’exaspères, tu m’tyrannises
Je subis ton sale 107 quater
Sans oser dire que t’exagères
Oui t’exagères, tu l’sais maint’nant
Parfois je voudrais te quitter
Diab’ que t’as changé en 2000 ans
Tu l’laisses aller, tu l’laisses aller

Ah ! Tu es belle à regarder
Tes régions tombant sur tes frontières
Et ton vieux Bruxelles mal fermé
Et tes facilités quelles affaires
Je me demande chaque jour
Comment as-tu fait pour me plaire ?
Comment ai-je pu aimer la Cour
Et t’aliéner ma vie entière ?
Comme ça tu ressembles à Pol Pot
Qu’a rien pour inspirer le vote

D’vant l’Europe quelle catastrophe
Tu nies mon vote, tu m’apostrophes
Avec ton scrutin et ta hargne
Tu fais mentir les campagnes
Ah ! J’ai décroché le gros lot
Le jour où je t’ai rencontrée
Si tu t’scindais, ce s’rait trop beau
Tu l’laisses aller, Tu l’laisses aller

Tu es une wallonne et un flamand
Tu n’as plus de cœur et plus d’vie
Pourtant je pense bien souvent
Que malgré tout tu es ma patrie
Si tu voulais faire un effort
Tout pourrait reprendre sa place
Pour BHV, fais un p’tit effort
Arrange-toi devant ta carte
Décroche ce gordel de ta face
Réconcilie ton sud et ton nord

Au lieu d’penser qu’on te délaisse
Et de nous fuir sans noblesse
Essaie de te montrer unie
Redeviens la petite patrie
Qui m’a donné tant de bonheur
Et parfois comme par le passé
J’aim’rais que tout contre mon cœur

Tu l’laisses aller, tu l’laisses aller

(Lettre rédigée dans le cadre de l’action et concours MediaMarkt Braine-l’Alleud “Ecris ta lettre d’amour à la Belgique”)

L’essence de Noël, c’est super

Tout-à-l’heure, des crétins Jéhovas ont sonné à ma porte, genre “on a trouvé une super accroche pour haranguer le récalcitrant” et, tout de go, m’ont dit avec leur bête sourire de cartable graissé de premier de classe “Nous venons redécouvrir avec vous le sens de Noël”. J’ai pas pu m’empêcher : j’ai pointé un index méprisant vers le fond de la rue et j’ai répondu : “le sens de Noël, c’est par là”. Et j’ai refermé la porte. J’ai un peu honte. Pas beaucoup mais un peu tout de même.